Éoliennes, un désastre naturel ?

Introduction

Quel beau monde que le nôtre. Quel beau village. Comme nous sommes privilégiés de vivre entourés de si riches espaces naturels ! Il n’est pas besoin d’attendre bien longtemps après la pose d’une caméra pour s’apercevoir qu’il y a beaucoup de vie sur le territoire de notre commune. Il est assez facile de croiser des renards, des chevreuils, des sangliers tout simplement en promenant son chien… Les preuves de présence sont partout autour de nous. Nous ne sommes pas les seuls à vivre au sein du village de Broye : combien d’animaux sauvages y sont installés également ? Des centaines ? Des milliers ?…

L’Homme fait l’erreur de croire que la planète Terre lui appartient. Que tout ce que nous pouvons voir à l’horizon appartient à notre espèce. Quelle erreur ! Quel orgueil ! Quel aveuglement !

Notre intelligence, notre capacité à transmettre nos savoirs et à travailler en collaboration ont fait de nous l’espèce dominante de cette planète. Nous accomplissons beaucoup de choses stupéfiantes ! Mais de fait, en nous auto plaçant sur le trône de la Création, nous endossons la responsabilité de toutes les créatures que nous jugeons inférieures. Autrement dit, nous devons prendre en considération la faune sauvage dans nos prises de décision. C’est notre devoir, notre responsabilité. Car le renard, le chevreuil, la belette ou la chouette sont tous des Terriens, tout comme nous, avec le droit de vivre au sein des forêts, prairies et rivières dont nous nous attribuons la propriété exclusive. 

« Nous devons certainement renoncer à la métaphore de la coupure, du fossé entre l’homme et l’animal, celui qui a une âme et celui qui n’en possède pas, celui qu’on peut baptiser et celui qu’on peut cuisiner. A cette métaphore tragique qui a permis l’esclavage et l’extermination de peuples entiers a succédé l’avatar de la hiérarchie où l’homme au sommet de l’échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou d’exclure de la planète les autres terriens, animaux ou humains, dont la présence l’indispose » Dr Boris Cyrulnik, Ethologue. 

Notre planète subit un changement spectaculaire de son climat général. Nos étés sont trop chauds et trop secs, nos hivers souvent trop courts et doux. Les nappes phréatiques peinent à se restaurer, les populations sauvages sont déséquilibrées en l’absence de grands prédateurs (que nous cherchons à détruire à la moindre apparition), les précipitations trop fortes génèrent de graves inondations… 

Nous attribuons la faute à la pollution par le carbone provoquant un effet de serre notamment. Nos responsables politiques souhaitent de fait accélérer ce qu’ils nomment « transition énergétique », autrement dit réduire au maximum nos émissions de carbone. Pour cela, nous voyons fleurir les projets d’éoliennes. Celles-ci sont censées réduire nos émissions de gaz à effet de serre en remplaçant les centrales nucléaires, qui n’en émettent pas, par des pâles géantes et panneaux solaires qui eux exigent le soutien de centrales au gaz, qui en émettent énormément, pour assurer un fonctionnement satisfaisant. Est-il seulement besoin d’aller plus loin pour balayer les projets d’éoliennes de notre table ?

Oui. Car nous oublions les autres Terriens. Nous parlons beaucoup d’argent et oublions la vie réelle : les impacts graves, désastreux, sur la vie sauvage… Mais aussi sur nos animaux domestiques.  

Déforestation

Une forêt est un extraordinaire lieu de vie. Une promenade en son sein est un excellent moyen de prendre un « bain de nature » offrant un regain de vitalité. Est-il seulement besoin d’aller rechercher l’une des nombreuses études qui le démontre ? Non, je ne ferais pas l’insulte au lecteur de le lui démontrer et j’inviterais les sceptiques à ne pas être de mauvaise foi (même s’il s’agit d’une excellente manière de remporter des votes). Lors de nos promenades, que ce soit au sein de nos parcours santé à moitié artificialisés, empruntant un chemin de grande randonnée ou s’aventurant à suivre les sentiers fabriqués par les animaux sauvages, nous aimons cette impression de solitude. Il semble ne pas avoir âme qui vive, l’endroit est calme, loin du tumulte de nos cités, du stress de notre quotidien. Il est aisé de se croire véritablement seul, de penser que les animaux ne sont pas là : il faut un œil expérimenté pour déceler tous les indices de leur présence. C’est alors que nous posons une caméra sur le chemin que nous aimons emprunter. Revenant quelques semaines plus tard pour la récolter, nous serons indubitablement surpris de découvrir qu’il y a beaucoup de monde et finalement assez peu d’humains ! Car laisser une caméra au même endroit en pleine forêt durant des mois permet de voir bien des choses : un couple de blaireau traversant une scène de ménage, un chevreuil courtisan sa belle, deux mâles chevreuils prit de panique un matin de juillet, une naissance d’une dizaine de marcassins début décembre, jeune renardeau négociant pour rester encore avec maman en octobre, un écureuil installé dans cet arbre avec une chouette pour voisine… Nous pensons que ces forêts qui font la beauté de nos paysages, nous appartiennent parce qu’elles sont à notre nom sur le cadastre. C’est faux. Nous n’y sommes pas chez nous : elles appartiennent avant tout à ces animaux qui y habitent, qui y ont leurs habitudes quotidiennes, qui y naissent, s’aiment et meurent, qui y vivent une vie chacune digne d’un véritable roman. 

Un savoir absent ou insuffisant génère un aveuglement. 

Il faut explorer la zone pour découvrir cette fourmilière et avoir quelques connaissances pour comprendre ce qu’est cette étrange formation naturelle. Il faut étudier les fourmis pour réaliser que nous sommes devant une véritable mégalopole abritant des milliers d’habitants ! Que la cité est savamment organisée et qu’il a fallut de longues années pour qu’elle soit aussi grande. Il s’agit d’une merveille de la nature et nous n’en voyons qu’une petite partie. 

Fourmilière découverte en Lozère par Manoël Atman, décembre 2023.

L’installation d’une éolienne nécessite une déforestation. Ce qui est d’ailleurs complètement contradictoire avec le principe écologique ! Nous apportons un projet que nous présentons comme allant dans le sens de l’écologie et du respect de la nature, mais pour cela nous sommes fiers de détruire des hectares précieux de cette même nature pour installer un objet qui n’a rien de naturel et qui est même destructeur de celle-ci. 

Cette destruction de forêts force la faune locale à déménager, quand elle n’est pas tout simplement tuée par les bûcherons et leurs machines. Or, nos villages, nos villes ne font que grandir. Les maisons sont toujours plus nombreuses, un projet urbain en remplace un autre une fois terminé, l’extension de nos cités ne s’arrête pas et c’est avec fierté que les élus nous présentent un nouveau bâtiment. Ainsi nous prenons toujours plus de place, grignotons toujours plus la nature. Ceci est un problème pour les animaux qui sont contraints de se rapprocher de nos habitations, de nos villages et de nos cités, et nous ne nous ne sommes pas avares en plaintes. Nous voyons de plus en plus souvent des sangliers en ville, des chevreuils venant se réfugier dans un jardin, des loups forcés de traverser un village pour se rendre quelque part, une famille de renards installés dans une dépendance abandonnée ou peu utilisée… Mais c’est aussi un grave problème pour nos agriculteurs qui ont de moins en moins de surface à cultiver ou pour installer les animaux. Installer des panneaux solaires sur des hectares de champ est en effet très intéressant pour un agriculteur : c’est une source de revenus confortable en ne faisant rien. Mais c’est aussi des hectares de nature sacrifiés, gâchés. Des hectares de champs en moins pour nous nourrir, des hectares de prairie en moins pour nos animaux. Ne serait-il pas plus intelligent d’installer tous ces panneaux solaires sur les toits des maisons ? Ah, c’est plus compliqué et plus coûteux : la véritable voie de l’écologie n’est pas compatible avec celles de l’économie et de la facilité. 

Je l’ai dit : l’installation d’une éolienne n’est pas compatible avec la présence des arbres, il nous faut donc supprimer un élément naturel essentiel et extrêmement précieux pour installer notre colosse artificiel dont la valeur s’exprime uniquement en euros. Des euros qui nous serons inutiles lorsque nous mourrons, fiers d’avoir remportés cette guerre que nous menons contre la Nature qui elle seule nous apporte ce dont nous avons besoin pour vivre. Mais alors en quoi un arbre est-il si précieux me direz-vous ?

Un argument majeur de l’installation d’une éolienne est de permettre la sortie, ou la réduction, des énergies fossiles (rappelons que pour un bon fonctionnement il est nécessaire de compléter les éoliennes et panneaux solaires par des centrales au charbon, ce qui est une énergie fossile). Ces énergies sont accusées de provoquer un effet de serre générant une augmentation de la température du climat de notre planète. Cela se constate chaque année avec des étés toujours plus chauds, toujours plus secs. Lors de ces crises, le meilleur abri c’est l’ombre d’un arbre ! Sous celui ci, la température est plus basse. L’écart peut même être important au sein d’une forêt.  Ces havres de fraîcheur, ces climatiseurs naturel sont recherchés par tous : les touristes, les vaches et chevaux, les animaux sauvages qui ne quitteront l’abri forestier qu’une fois les heures les plus chaudes passées. Supprimer des hectares de forêts aggrave la sécheresse et supprime des havres de fraîcheur, augmentant de fait encore la température. Cela se voit aisément au sein des villes : une rue sans verdure entièrement bétonnée est invivable au cœur de l’été quand sa voisine, arborée, est agréable. Où sont les vaches au cœur d’une journée d’été ? Pas au centre d’une prairie trop sèche.

Un arbre a besoin de beaucoup de temps pour atteindre sa maturité. Si je plante un arbre aujourd’hui, ce n’est pas moi qui profiterai de son ombre mais mon fils dans bien des années. Ainsi la destruction d’un arbre doit être mûrement réfléchit. Il ne s’agit pas d’un framboisier qui d’ici deux ou trois années aura retrouvé sa production optimale. Il faudra des décennies pour que la forêt, que nous aurons détruite par une coupe rase, ne se régénère.  Et nous ne parlons pas ici de dix ou vingt ans, mais bel et bien plusieurs décennies. Du point de vu de l’écologie, la véritable j’entends, c’est une décision grave et impactant lourdement la nature sur le long terme. Combien de temps faudra-t-il à une éolienne pour compenser le désastre de la destruction d’un seul hectare de forêt ?

Danger pour les oiseaux

La construction d’une ou plusieurs éoliennes est une catastrophe pour les forêts et la faune terrestre, nous l’avons dit. L’étude de celle-ci nous amène à instaurer plusieurs zones de vie, notamment le sol et la canopée. Toutes les deux sont impactées de manière catastrophique mais elles ne sont pas les seules à subir de graves nuisances. Il y a le sous-sol, toute la vie se trouvant sous nos pieds et dont nous allons parler plus bas. Et le ciel. Les oiseaux, les chauves-souris et les insectes. Il faut de longues années pour qu’un arbre atteigne une hauteur de plusieurs dizaines de mètres quand il faut quelques semaines à peine pour hisser une éolienne à des hauteurs vertigineuses, bien au delà de la dernière feuille du plus grand arbre de la forêt. C’est un bouleversement géographique soudain pour les oiseaux.

Ces derniers et les chiroptères sont les taxons les plus sensibles du développement des parcs éoliens. C’est un fait. Les machines géantes peuvent provoquer des collisions avec des individus en vol. Mais il y a aussi des pertes et des fragmentations d’habitats, déjà considérablement réduit par l’extension de l’écoumène que rien ne semble pouvoir arrêter (l’écoumène est l’ensemble des territoires habités et exploités par l’homme. Il est opposé à l’érème qui représente l’ensemble des zones sans présence humaine, ni exploitation par celle-ci.) Nous pourrions ici nous attarder à expliquer que la survie de l’humanité dépend de la bonne santé de l’érème, non de la rentabilité économique produite par ses travaux au sein de l’écoumène. Serions-nous réellement hors sujet ?…

Les parcs éoliens génèrent également des perturbations comportementales chez les oiseaux et les chiroptères. Elles sont toutes liées à la présence d’aérogénérateur et à leurs lieux d’implantation. Cela ne veut toutefois pas dire que les autres taxons ne peuvent pas être affecté par l’éolien ! Les nombres d’acteurs touchés, trop souvent de manière catastrophique, sont si vastes que la masse de travail qu’exigerait une étude et l’écriture de documents pour chacun donne le vertige. Amphibiens, mammifères, oiseaux, insectes, arbres, plantes, champignons… Tous sont vulnérables face à la dégradation de leurs habitats ainsi qu’à la pression et l’expansion toujours plus intenses de l’écoumène. 

Pour un oiseau, le mouvement des pales est difficile à anticiper, elles ne sont parfois pas repérées. Les morts sont en effet principalement provoquées par des collisions. Le choc assomme l’oiseau qui effectue une chute mortelle. Mais les dégâts peuvent être plus terribles encore (voir photo) Les plus petits, tel que les passereaux ou les chauves-souris, peuvent être projetés au sol par les turbulences créées par le mouvement de pales. Dans le cadre d’une étude de suivis de mortalité, 35 903 prospections ont été réalisées dans un rayon de 50m autours des éoliennes. Elles ont découverts 803 cadavres d’oiseaux. Mais ce nombre est possiblement faux : il est tout à fait probable que des morts aient été dévorés par les prédateurs locaux ou tout simplement non repérés par les prospecteurs. Il a été montré que la rotation des pales provoque des changements de fréquence et d’intensité des ultrasons produits par les chauves-souris (Long et al., 2009 et 2010). L’analyse des ultrasons étant le principal moyen de percevoir l’environnement (déplacement et chasse), l’impact sur les chauves-souris est de fait très négatif. En effet, il a été démontré que ces dernières sont dans l’impossibilité de détecter les pales en mouvement (Long et al. 2010). (Source : LPO)

Oiseau de proie décapité par une éolienne.

L’humanité n’est pas la seule espèce impactée par le changement climatique. Ce phénomène complique la vie de bien d’autres espèces sur Terre comme le démontrent les avertissements fréquents de scientifiques sur l’extinction des espèces. Nous le comprenons maintenant, la présence d’une éolienne diminue considérablement la richesse d’un territoire. Au delà de la perte d’habitants par destructions des individus, il y a aussi une perte de population par aversion ! En effet, les opposants humains ne sont pas les seuls à ne pas apprécier ces géantes blanches. Il a été démontré que l’activité des chiroptères est réduite aux alentours des machines (Miderman et al. 2012). Une autre étude a démontré que l’effet d’aversion s’étend à la totalité du parc éolien (Millon et al. 2015). Et ce n’est pas la seule étude à le confirmer. 

La présence d’un parc éolien génère un autre problème. Celui-ci est assez difficile à repérer si nous restons dans notre point de vu humain. Une seule éolienne a besoin de beaucoup d’espace. La présence d’un parc avec une dizaine de machines s’étale sur un territoire terrien et aérien colossal qu’il est impossible d’ignorer. Cela génère un effet dit « barrière » sur les oiseaux migrateurs. Dérangés, ces derniers le contournent. Cette déviation des chemins migratoires peut avoir des conséquences extrêmement dangereuses : des erreurs dans l’itinéraire et donc un égarement des individus. Ou une arrivée au mauvais endroit, pouvant possiblement provoquer un dérèglement grave sur les zones de présence estivale comme hivernale. Ainsi, l’impact d’un effet dit « barrière » généré par un parc éolien irait bien au delà de la seule zone d’implantation des géantes. 

Déposons ici un exemple :

« Nos résultats semblent également mettre en évidence […] une nuisance d’ordre indirect, certaines espèces semblant avoir délaissé la zone, comme le suggèrent l’abandon total de la héronnière située à proximité d’une éolienne et la forte diminution du nombre de couples installés dans une autre située à 250 mètres du parc éolien » (Roux et al., 2013)  (Source LPO)

Sur certains sites, une diminution de la densité d’oiseaux nicheurs est observée à proximité des éoliennes (Leddy et al., 1999 ; Pearce-Higgins et al., 2009 ; Zeiler & GruenschachnerBerger, 2009 ; Winder et al., 2014). La question de l’habituation des oiseaux aux éoliennes reste discutée, celle-ci étant établie par certains auteurs (Madsen & Boertmann, 2008), tandis que d’autres ne l’ont pas observée sur les espèces étudiées (Hötker et al., 2005 ; Rydell et al., 2012). Il est à noter que cette habituation se fait au prix d’un risque accru de collisions avec les éoliennes. 

Vie du sol : un monde peu connu

« L’emprise au sol d’une éolienne n’excède pas 15 à 30 m², mais son implantation nécessite de terrasser sur un rayon de 10 à 15 m (300 à 700 m²) pour réaliser la fondation. Des zones sont également nécessaires pour stocker les terres végétales excavées en périphérie de chaque fondation. L’érection de l’éolienne suppose également de réaliser une plateforme de 1 000 à 1 500 m² sur laquelle évolueront les engins de chantier et la grue de montage. Le chantier implique en outre, dans certains cas, d’élargir, voire de créer, des chemins destinés au passage des convois exceptionnels ; surfaces qui s’ajoutent aux places de parking prévues pour la maintenance ainsi qu’à un ou plusieurs postes de livraison électrique » Source : LPO.

Tout d’abord j’encourage le lecteur à déposer ce document pour ce munir d’un mètre puis de se rendre dans son jardin afin d’effectuer des mesures pour qu’il puisse se rendre compte des chiffres cités ci dessus. … Maintenant, je vais m’atteler à un simple recopiage, ci dessous, d’un passage du livre du forestier Peter Wohllebeen « La vie secrète des arbres »

 « Il y a longtemps de cela, alors que je parcourais l’une des anciennes réserves de hêtres de mon district, de curieuses pierres moussues ont attirés mon attention. […] Ce que je croyais être des pierres était en fait du vieux bois. Le bois de hêtres pourrissant habituellement en l’espace de quelques années sur un sol humide, la dureté du morceau que j’examinais m’étonna. Surtout, je ne pouvais pas le soulever, il était solidement ancré dans le sol. Je grattai un petit morceau de cette écorce avec un canif et découvris une couche verte. Verte ? Cette couleur n’apparaît que lorsqu’il y a présence de chlorophylle, soit dans les feuilles fraîches, soit stockée sous forme de réserve dans les troncs des arbres vivants. Une seule explication était possible : ce morceau de bois n’était pas mort ! À y regarder de plus près, les autres « pierres » n’était pas disposées au hasard, mais formaient un cercle de 1,50 mètre de diamètre. Je me trouvais en présence de très anciens vestiges d’une immense souche d’arbre. […] Mais comment était-il possible que des vestiges survivent aussi longtemps ? […] Elle bénéficiait de l’aide que les arbres voisins lui apportaient par l’intermédiaire des racines. La transmission des substances nutritives s’effectue soit de façon diffuse par le réseau de champignons qui enveloppe les pointes des racines et contribue ainsi aux échanges, soit par un système racinaire direct. […] »

La seule et unique lecture de ce livre suffit à générer une aversion pour la déforestation. La biomasse d’une forêt se trouve pour moitié sous le sol, dans cet espace que nous connaissons si peu. Même la surface de la lune est mieux connue que la vie sous nos pieds, dans cette éponge que nous nommons « terre ». Une majorité des organismes qui y vivent nous est invisible : ils sont trop petits. Il y a autant d’êtres vivants dans une poignée de terre forestière saine qu’il y a d’êtres humains sur cette planète. Combien de poignées de terre représentent les chiffres cités plus haut ? 

Le réseau racinaire dans le sol est extrêmement complexe. Chaque plante possède des racines s’enfonçant plus ou moins profondément et s’étalant sur des surfaces plus ou moins grandes. Ces racines se mélangent avec celles des autres plantes mais aussi avec les champignons. Ce nous aimons traquer et cueillir chaque automne, ces bulbes qui sortent tout à coup de terre, ne sont que la petite partie émergée du champignon : il s’agit de son organe reproducteur. En réalité, le champignon véritable se trouve sous terre et son réseau de racines peut facilement s’étaler sur des centaines de mètres carrés ! Les organismes qui se trouvent sous terre ont des rôles essentiels. Certains décomposent les feuilles mortes et autres déchets, qui se transforment alors en terre. Les turriculés de vers de terre par exemple, autrement dit leurs excréments, enrichissent le sol et deviennent… de la terre ! 

Le réseau racinaire permet de retenir la terre, de prévenir des glissements de terrain et est un acteur majeur pour lutter contre l’érosion du sol. Bien que les arbres soient des grands consommateurs d’eau, les sols en forêt sous leur protection sont humides, l’eau est préservée. Ce n’est pas le cas dans un sol dit « bien entretenu » sans arbre et avec une herbe tondue pour nous offrir une belle pelouse agréable pour nos pieds. Une expérience a été effectuée afin de comparer la filtration de l’eau par un sol forestier et entretenu par l’humain. Les résultats démontrent qu’un sol pauvre (bêché, désherbé ou surexploité par les troupeaux) offre une eau sale et boueuse. Mais un sol forestier lui, riche en ce que nous nommons « saletés », offre une eau claire et propre. 

Les immenses machines forestières passant dans les chemins les transforment en grosses masses boueuses et impraticables. Les dégâts en surface sont incontestables mais qu’en est-il en sous-sol ? Le sol est tassé, les organismes étouffent s’ils ne sont pas morts écrasés, c’est un massacre pour la biodiversité souterraine ce qui aura un véritable impact sur celle terrestre. Le béton supprime toute cette biodiversité essentielle à la bonne santé de nos forêts, de nos sols. Et plus la masse de béton est importante, plus le sol est tassé et les dégâts importants. Quel est le poids de la masse de béton nécessaire à l’implantation d’une éolienne ? Inutile d’obtenir le chiffre précis : la seule évocation des volumes surréalistes nécessaires suffit à démontrer le désastre écologique qu’est l’érection d’une seule de ces géantes.  

Cent années ne sont pas suffisantes pour que le sol se régénère. Est-ce véritablement rentable d’ériger une éolienne avec une durée au maximum d’une trentaine d’année et dont nous ne savons que faire une fois sa vie terminée ? Le sacrifice vaut-il le coup ? La destruction d’une précieuse biodiversité qui mettra plus d’un siècle à se régénérer pour une trentaine d’années de faible rentabilité énergétique… Rentabilité que nous allons devoir compléter par des centrales à charbon et qui nous offrira des déchets colossaux que nous ne savons pas recycler : les cadavres d’éoliennes.

Source : Jardiner-autrement.fr

Un virage écologique ou une sortie de route ? 

Quelle chance ont les habitants de Broye de vivre dans une si belle commune. Quel cadre exceptionnel ! Notre village est beau et agréable. Si paisible entre ses montagnes, entouré d’une nature superbe à regarder. Chaque petit hameau est plus beau que les autres. Ah quel plaisir de se promener sur Broye ! Que ce soit sur les petites routes pour découvrir nos beaux hameaux ou explorant les sentiers forestiers. Notre commune est extraordinairement riche et a tout ce qu’il faut pour occuper un naturaliste durant une carrière entière. Que ce soit par l’étude de la faune locale ou l’organisation d’une activité touristique pour la faire découvrir et effectuer un travail de pédagogie si important de nos jours. 

Nous sommes aux portes du Morvan, une région réputée pour sa beauté. Nous sommes également proches du Clunisois chargé d’Histoire et de richesses naturelles. Nous n’habitons pas un village isolé loin de tout avec rien comme pourraient le dire un citadin. Non ! Nous sommes riches. Riches de nature. D’une nature exceptionnelle. Nous avons des forêts, des petites montagnes, des prairies, des ruisseaux, une rivière, des vues splendides. Oui, nous sommes chanceux ! De nombreux villages possédants notre richesse sont biens plus enclavés que nous qui bénéficions non seulement d’une belle départementale mais également du passage du train. Situé sur l’importante ligne Dijon-Nevers, nous avons la chance de voir s’arrêter un minimum de six trains par jour dans notre village ! Nous pourrions également parler de l’importante gare TGV qui n’est pas loin, à laquelle il est facile d’accéder grâce au réseau de transports en commun. Deux heures, voilà ce qu’il faut pour se rendre au cœur de Paris. Une heure pour Lyon. Une heure pour Dijon. Il est tout à fait possible pour les habitants de ces trois grandes villes de venir passer une journée à Broye pour découvrir notre beau village et sa grande richesse naturelle. Un bain de nature à Broye ? Non, ce n’est pas un rêve impossible à mettre en place. Nous avons déjà tout ce qu’il nous faut, même un naturaliste de part la présence de l’auteur de ce document. 

Durant l’année 2023, l’office de tourisme et les gîtes d’hôtes de notre village et de ceux environnants exprimaient à l’auteur leurs difficultés à « garder les touristes », à générer une motivation pour rester plusieurs jours. Il y a pourtant beaucoup à faire à Broye : nous pouvons effectuer plusieurs circuits de promenade et découverte en pleine nature par exemple. Cela seul peut nous occuper plusieurs jours. Si le souhait de la commune est de générer de l’argent et de l’attractivité, l’effet sera bien plus grand en encourageant l’installation d’une ferme pédagogique par exemple. Le comité des fêtes pourrait sans problème créer une fête de la nature chaque année : nous avons une salle des fêtes, une grande place… 

Les activités agricoles ont tout ce qu’il leur faut pour prospérer. Des prairies, des forêts, des terrains… L’installation de fermes en permaculture sera bien plus en accord avec les discours d’écologie. Cela ramènera des habitants à la commune et alimentera une réputation de « commune verte » ou « commune écologique ». Les idées sont nombreuses, nous avons facilement de quoi faire rêver les touristes. 

Mais ces rêves, tous ces beaux projets et notre cadre de vie exceptionnel seront gâchés, détruits par l’implantation ne serait-ce que d’une seule éolienne. Une bénédiction écologique pensons nous ? Non. Les animaux, les espaces naturels ne seront pas les seuls à être impactés négativement par l’arrivée du parc éolien : nous aussi nous subirons des conséquences dans notre quotidien. Nous avons semble-t-il déjà du mal à attirer les touristes et les inciter à rester. Avec l’érection d’une seule éolienne ce ne sera plus la peine d’y penser : fini les touristes. Fini nos belles photos de Broye, ses montagnes, ses forêts… Elles ne seront désormais que mensonges. 

Écureuil habitant à Broye.
Source : site internet de la mairie de Broye

Conclusion 

Nos besoins en énergie ne font que croître alors même que notre production est en tension chaque hiver. Multiplication des appareils électriques de part le développement de la technologie, souhait d’une distribution massive des voitures électriques et suppression des véhicules thermiques. Nous avons certes besoin d’augmenter notre production d’énergie mais nous devons le faire de manière écologique, c’est à dire décarbonée. Pour cela notre gouvernement souhaite installer des éoliennes notamment. Certes, l’énergie produite par les géantes sera garantie sans carbone mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Nous l’avons dit : pour qu’elles soient efficaces, il faut compléter les éoliennes par des centrales à charbon qui prendront le relais les jours de faible vent. Centrales qui polluent énormément… Alors que nous avons déjà des centrales nucléaires qui, elles, produisent une quantité massive d’énergie sans rejet de carbone. Mais ces dernières sont vieillissantes…

L’érection d’une éolienne est une catastrophe pour la nature. Un désastre pour les animaux comme pour les végétaux et les champignons. Tout le monde est impacté par l’installation d’une éolienne, les points négatifs sont nombreux et graves. Il faut plus d’un siècle entier pour régénérer un sol détruit par une éolienne qui produira une quantité d’énergie discutable durant un maximum de trente ans avant de nous rendre son cadavre colossal dont nous ne savons que faire. De plus, sa présence anéantit nos beaux paysages et chasse les touristes dont notre village a bien besoin. 

Certes l’installation d’une éolienne nous offrira de l’énergie pour alimenter nos chauffages, nos toutes nouvelles voitures électriques (pas si écologiques que cela), nos belles montres connectées et nos Smartphones dernières générations. Mais le prix à payer est extrêmement lourd sinon intolérable. 

Notre société traverse une crise. Notre population toujours plus nombreuse a des besoins qui ne font que croître. Nous en demandons toujours plus et nous voulons obtenir vite, vite, toujours plus vite. Notre système commercial est friand de cela : les entreprises ne cessent de se battre pour être meilleures que les autres. Pour proposer des services et produits toujours plus nombreux, d’une qualité de plus en plus grande. Les délais de livraison ne font que diminuer. Toujours plus rapide, toujours plus vite. « Commandez chez nous, vous recevrez dès le lendemain. » Nous construisons encore, encore et encore. Notre civilisation s’étale encore, encore et encore, grignotant toujours plus la nature sauvage qui a de moins en moins de place. Mais que ferons nous le jour où il n’y aura plus de place ? Que ferons-nous quand nous ne pourrons plus produire, plus récolter parce que la ressource est épuisée ? Que ferons-nous quand nos besoins seront si importants que les capacités de régénérations de notre planète ne seront plus suffisantes pour assurer ne serait-ce que notre survie ?

Tout ceci n’est pas de la science fiction. Durant des décennies, et c’est encore le cas pour nos anciens, nous avons fonctionné comme si nous vivions sur un monde infini, avec des ressources infinies. En réalité notre monde est limité, ses ressources sont limitées et ses capacités de génération/régénération également. Une telle politique ne permet pas la survie sur le long terme, elle ne permet que l’enrichissement sur le court terme. Notre fonctionnement est donc suicidaire. Nous menons une guerre contre la nature. Si nous la remportons, nous mourrons en même temps que toutes les autres formes de vie de la planète que nous combattons à l’image des loups envers lesquels nous menons une guerre sans merci à sens unique. 

Ériger une éolienne n’est pas écologique. Au delà du fait qu’elle exige la création de centrales polluantes pour compenser ses faiblesses, elle impose une destruction catastrophique de la nature. Ainsi nous souhaitons amorcer un virage écologique de protection de la nature et la solution qui nous est proposée pour cela c’est une destruction de celle ci. Cela ne va pas. Une telle contradiction ne peut être acceptée. 

L’érection d’éoliennes sur la commune de Broye n’améliorera pas nos vies : cela ne fera que les dégrader. Pire ! Cela détruira toute une partie de ce qui devrait nous rendre si fier : la beauté et la richesse de notre territoire sauvage et semi sauvage. 

 « Vivre nature, vivre vrai, c’est chez nous ! » C’est ce que nous lisons sur le site internet de notre mairie. C’est notre si belle nature qui fait la fierté de notre village. Quelle chance nous avons ! Ce projet d’érection d’éolienne n’est pas qu’une menace grave pour les animaux, végétaux et champignons. Elle en est également une pour tous les habitants de Broye. 

Broye, le 9 janvier 2024

Par Victor Morin

Comportementaliste animalier 

Pour ASEB

Sources bibliographiques

– DAUGEY F. « L’intelligence des plantes », Ulmer 2018

– GAULTIER S.P., MARX G. et ROUX D.,

  « Éolienne et biodiversité. Synthèse des connaissances sur les impacts et les moyens de les atténuer.» LPO et ONCFS

– GIRAUD M. « Les animaux en bord de chemin », Delachaux et Nestlé SA, 2015

– JOUVENTIN P. et LATOUCHE S., « Pour une écologie du vivant. Regards croisés sur l’effondrement en cours », Libre et Solidaire 2019

– MORIN V. « L’éducation du louveteau », TheBookEdition 2021

– VANIER N. « Les pieds sur terre », Éditions de la Marinière 2016

– WOHLLEBEN P. « La vie secrète des arbres », Les Arènes 2017

– WOHLLENBEN P. « La vie au cœur de la forêt », Guy Trédaniel 2017

– WOHLLENBEN P. « Le réseau secret de la nature », Les Arènes 2019

2 réponses à « Éoliennes, un désastre naturel ? »

  1. Merci pour toutes ces explications détaillées et intéressantes sur les dommages générés par les éoliennes et également pour cette belle ode à la nature.
    Georges Gillot

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  2. Merci Georges pour votre commentaire qui nous conforte dans notre combat.

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